20.03.2010
Thailande - Voyages - Guide
LENDEMAINS THAILANDAIS
DE MAXIME AUDGE PARU AUX EDITIONS L'HARMATTAN

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Note de l’auteur :
Le roman ne fut pas laborieux à produire, depuis de nombreuses années j’avais pris des notes.
J’ai cherché un peu partout en Asie des personnes susceptibles d’être de bons personnages de roman et j’en ai trouvé.
Le roman s’ouvre aux lecteurs avec Vladimir, un baron ou un charlatan haut en couleur, désargenté, amoureux de bordels luxueux. Des Vladimir, j’en rencontre encore tous les jours. L’histoire de Vladimir est un roman dans le roman, il me permet d’introduire son fils Paul Gaugin – il insiste sur l’orthographe – grand adulateur du célèbre Paul Gauguin et de ses vahinés. Ces deux aventuriers me permettent de brosser un décor, celui l’ambiance de l’Asie du Sud Est. Lecteurs, ne me soupçonnez pas de moquerie envers les hâbleurs, les mythomanes. Ces personnages ne me sont pas suspects, au contraire, ils expriment une imagination débordante, éloignée des spécialistes.
Fernand dans le roman devient Jacques, ce qui parfois me permet de jouer avec les mots et de le confondre avec " le Grand Jacques." Fernand a bien existé et je l’ai représenté presque conforme à la réalité, c’était un personnage intelligent d’une bonté désormais oubliée pour cause de survie, un bonhomme qui ne s’étalait aucunement, l’antithèse des aigrefins universitaires du XXIe siècle, pourtant son savoir était immense, on dit encore aujourd’hui qu’il était une encyclopédie.
Mon ami Fernand a passé sa vie au Congo belge, loin des clichés coloniaux qui encore aujourd’hui fait passer le " Blanc " pour un vilain colonisateur, lui me marmonnait sur la fin de sa vie que ce n’était pas le " Blanc " qu’était méchant, mais l’homme tout simplement. En me rapportant cela, il avait les yeux rougis par l’humiliation qu’il faisait subir à sa propre race, il aurait voulu, c’est certain me rapporter : me préciser : exactement le contraire.
Boris, le héros de l’histoire, est un personnage, langoureux, entiché de Nathalie, en réalité de toutes les Nathalies de la terre, nostalgique de la vie, de son passé, de ses 20 ans, celle de l’époque sereine de l’après-guerre. Mais le roman, c’est le XXIe siècle : la donne a changé, les interdits se sont multipliés et les héritiers de Vladimir, les Boris, les Bastins et tous ses personnages formés en club très fermé " Vieux Fauves " respirent en dehors des normes civilisées et cela fait bondir les autres, ceux qui demeurés au pays s’ajustent aux obligations civiles.
J’ai bien croisé ce héros ou plus exactement j’ai rencontré plusieurs Boris. Finalement il m’a fallu deux et peut être un autre demi Boris pour n’en faire qu’un. Je suis reconnaissant à ce complice désormais recomposé, car il m’a permis d’être une sorte de fil rouge, le conducteur de la trame.
Un chapitre mérite une explication?: celui de?: " L’Embrouillaminienne et l’artiste." Je me suis inspiré d’un documentaire passé à la télévision, ou les commentaires de la journaliste distinguaient clairement l'homme de sa peinture. Je ne peux bien entendu pas mentionner la chaîne (…) et les noms des journalistes et de l’artiste, le – système m’attaquerait –, mais les plus perspicaces reconnaîtrons l’un des derniers maîtres de la peinture moderne.
Enfin, je ne voudrais pas terminer cette note sans remercier ces héroïnes de romans. Nathalie enveloppe le récit de son charme adolescent et son destin ne sera dévoilé qu’à la fin de l’aventure. Il y a Valérie, Monaly, Duc Thao, Leek, Sourire Ravageur, Marjorie (l’un des Boris l’a bien rencontré dans l’avion de la Siam Airways), aussi Jamais-baisoutées et ses complices anti-avortements, anti-amours, anti-vie, sans elles, le roman n’aurait jamais vécu.
Maxime Audge
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EXTRAITS
Ma Mae
Quelle précipitation à la découverte, inattendue parce que jamais mignonne ne fut si expéditive. La coquine, au premier regard, évoque le magique : quelque part on ne sait où, y’a quelques prodiges surnaturels venus d’Ailleurs. Chaque jour, dans les soi de Nonkhadie, je l’apercevais ; ça ne pouvaient être des coïncidences. Elle me lançait de vaillants sawaedi débordant de spontanéité. Encore aujourd'hui, j'en reste ému. Elle cherchait mon assistance, me dira-t-elle plus tard ! Et dire que je ne l'ai découverte qu'après son soixante-quatorzième sawaedi ! Je sus en la suivant qu'elle travaillait dans une gargote surplombant le Maekong. Un jour inattendu, vers les treize heures, je pénétrai dans cet antre exclusivement indigène. C’était la cohue ; elle me servit un le tom-yam kun succulent, mais je ne venais pas pour ça et elle s'en doutait.
(…) Elle m’examina, féline comme une tigresse, fixant mes prunelles éberluées. Entre nous c’est limpide ; futée l’imprévue, regard fureteur : personne aux alentours, elle s'approche ; je balbutie : « koun suai. » Je contemple ce joli bout qui me surprend. Effrontée, elle me répond : « T'es pas mal non plus. » Je termine le bouillon, troublé, j'en renverse sur mon short colonial. Avec elle, tout devient possible, même trop rapide à mon goût. Jamais fille n'a été si tendre, si rapidement amoureuse et si enjôleuse ! La soupe sur le short. Elle me montre les toilettes, une sorte de réduit vieillot. Je ne suis pas pour ces endroits lorsqu'il s'agit de sentiment, mais je suis émerveillé ; sa poitrine : du nathalien ; rien de plus émouvant que d’humer une tendresse. Elle est enjôlée, impudente ; l’attendrissement la fascine. C'est un plaisir des dieux ! Je deviens Roi khmer avec mes p’tits rats. Mae en fait désormais partie.
Avant les Rouges, le dernier souverain n'avait pas eu de veine ; déjà en 36, il n’y avait plus de jolies maîtresses dans sa cour, officiellement que des Apsaras ! Je passe quelques secondes à admirer furtivement cette impudente, avec le risque d'être un nouveau salaud. C’est ainsi que Mae devint ma bonne. J’acquis subrepticement un jargon inattendu ; khi kiat me transmettait sa condition de l’instant, pendant que ses lèvres s’altéraient, bleutées, voluptueuses lorsqu’elle devenait tun tén, qu’elle évoluait en diablesse, sorte de chaton métissé, rarement rassasiée, désirant devenir femme légitime, méprisée des vieilles et enviée par les ardentes Nonkhadiennes.
Mae avait échappé au bordel, mais avait été vendue pour dépucelage à un nanti de Chinatown ; ça lui procurait des souvenirs simples et confus, ni pénible ni joyeux. Suffisait de comprendre sa complicité demeurée manifeste avec le Chinois. Mes connaissances occidentales étaient mal à l’aise, ne déchiffrant pas la psyché de l’adolescente. Je ne dissimulais rien ; au contraire, prenais plaisir à tout dévoiler, puis comme un voyeur cynique, savourais l’instant en examinant au plus près l’ubiquité embarrassante à saisir pour un Blanc : à la fois humain glacé et animal composé de sang et de tripes bouillantes partageant secrètement les mêmes désirs. J'étais devenu son père, sa mère, son bouddha. Son affection virait en passion maladive. Lorsque, par une de ces nuits ensorcelées, elle me retenait dans ses bras, pirouettant son visage divin que dessinait mon pote le jongleur de nuances vers mes prunelles excitées, puis avec un entêtement insoupçonné pour une si frêle novice escaladait mon corps, ma raison, puis s'assoupissait au plus près : « klai klai to me, klai klai to me » répétait-elle souvent, un soupçon hystérique ! Quarante-six kilos sacralisés, après une heure de ravissement, ça exténue un homme.
Un après-midi, Mae impatiente et gourmande, nous nous précipitâmes vers nos ablutions quotidiennes. Nous dûmes suspendre nos étourderies voluptueuses, surpris, hébétés par l'apparition... S'ensuivit l'étonnement puis l'éblouissement. La mère de Mae était plantée devant nos yeux dans l'encadrement de la porte de notre chambre, confondue devant nos âmes dépouillées. Un moment, je crus à la sale histoire : une Rolex venue espionner… – je ne l'avais pas reconnue de suite – l’u.n.i.c… déguisée qui chinait quelques soumissions. Heureusement Mae ne connaissait pas cette disposition et encore moins ce jargon de cabinet, préférant transgresser sans le savoir la Bible des Blancs. Je perçai le regard de la carriériste tandis que Mae enjouée glougloutait devant l'apparition soudaine de sa mère. Elle était transformée... Jamais mes yeux n'avaient vu tel changement. Le sarong avachi, presque sordide, les savates boueuses, les mains, les pattes écorchées, la crinière ébouriffée : plus rien de la journalière à la canne à sucre ne subsistait. Quel changement, et même quel éclat ! Jamais on ne se serait imaginé pareille métamorphose. Le visage élégant, planté sur un corps de femme sculpté d'une opulente poitrine qu'à présent, sans embarras, elle exhibait. S'appuyant sur le chambranle, sa main étalait une gemme factice disproportionnée, ainsi qu’une authentique bague assortie au poignet gauche d'une multitude de bracelets vingt-quatre carats. Deux montres de taille différente apparaissaient séparées d'environ un centimètre, abandonnant ainsi en leur milieu un bout de peau hâlé soutenant une chaînette couleur or. Manucurée, ses cheveux teints par endroits en rouille, ses fesses étaient serrées dans un blue-jeans de jeunette : l’authentique, la magnifique femme de quarante ans. Nous restâmes confondus, puis sans dire un mot, la mère se retira dans la cuisine, le temps pour nous de continuer notre chemin. Mais le cœur n'y était plus. Je m'habillai en maudissant l'instant, ne parvenant pas à m'accoutumer à la chair évanescence de Mae. M'en détacher transformait mon humeur en mélancolie passagère. Mae, le sarong noué autour de la taille, ne badinait plus. Elle jargonnait trop rapidement avec sa mère pour que je puisse déchiffrer ; de la cuisine parvenaient les « pom pom, pom pom » joyeux du pote Brassens. J'imaginais sans difficulté en gros plan Panavision les lèvres pulpeuses d'Ava Gardner altérée en ex-coupeuse de cannes, des lèvres revêches rouge sang, trottant par bribes lestes dans l'univers temps. Elle était assise sur le rebord de la fenêtre à côté de la statue de Rodin. Elle contemplait excitée, l'œil enjoué, l'émanation nébuleuse de sa cigarette montant au plafond en cercles diaphanes. Dans la clarté de l'après-midi, Éva, de son nom de bar, n'était plus que l'ouvrière. Ses traits retrouvaient un peu d’antan et cela me calma. Je redécouvrais une personne connue, plus l'Étrangère qui, maintenant, suprême décadence pour un farang résidant, balbutiait l'anglais putain des bars de Krounthep, les « What is your name, where are you from, where is your wife ? » Elle avait aussi appris l'indispensable « I can smoke you if you want. » J'insistai, voulant comprendre et balançai vers Mae quelques interrogations fouineuses :
– Where are you from ?
Nom des dieux… Elle me prend pour un client ; elle ne saisit pas ; j'ai sa fille, la plus jolie de la province. Je réponds par civilité en détachant les syllabes. Merde, elle comprend. Quelques années auparavant, c'était la toute première interrogation des somptueuses filipinas étudiantes dans les gogos de Del Pilar et comme je leur rétorquais : « From Luxembourg » et elles me répliquaient aussitôt l'œil espagnol : « Ah you are american ! »
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Ère Duc Thào
– Personne ne sait que tu es ici... surtout pas Lê M ?
– Elle me croit avec Brett.
Elle a du sang rouge, cette petite, dilué peut-être, mais quand même : suffit d'observer son raisonnement...
– Cette nuit, rien que pour nous, ce ne sera pas la seule !
Elle avait de l'espièglerie et quelques convictions.
– Que veux-tu dire ?
– Peut-être deux, trois nuits de plus ; Brett est d'accord.
– Quoi, ton père est d'accord ?
Des frissons me parcourent l'échine. Brett se doute-t-il ? Mais j’ai d'autres préoccupations. Duc Thào est dans mes bras, rien qu'à moi ; à moi, vous vous rendez compte !
– Je veux te demander…
– Attends…
Je câline son cou, ses joues, tâtonnant ; j'essaye de me frayer un passage en la soulevant un peu, puis ma main dévale vers les boutons rebelles de sa chemise.
– Je veux te demander si…
J'atteins sa bouche gourmande qui n'a jamais créé l'amour ; ses doigts s’engourdissent ; mon ingénue n'a aucune idée de la manière de s'y prendre.
– Mais, Boris…
J'écarte les deux parties de sa chemise de soie : « Ron ron », puis ma main voyageuse se liquéfie sur un sein asiatique, ode au sublime, minuscule mais de parfaite noblesse, mais ne voulant pas rendre jaloux l’autre, déjà redressé, elle s’y pose bien vite. Il est utile d'informer : en-chan-teurs sont ses contours que séquestrent mes doigts. Il n'est pas question ici, comme imaginent certains esprits obscurs, de peloter, d'écraser, mais d’apprécier la vigueur exceptionnelle des fujinettes, comme renseignait Yukinaro, mon copain jap, courbettes, recourbettes du Sawaedi bar.
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Chez Colón : Rencontre…
Bob Marley baigne la foule crépusculaire, insatiable, du Reggae bar, surprenant zinc en forme de deux bananes aux extrémités accolées et inversées, pris d’assaut par une vingtaine de barmaids en jupettes entrebâillées jusqu'à la taille, tortillant du cul à un mètre quarante du sol entre verres et turistas, tout en secouant leurs charitables et naturels lolos. Je me retrouve avec Lonely, une Haïtienne finaude au cul plat, aux pechos ballants, mais au sourire ravissant et qui excite la salsa comme seule les ardentes latinas… Haïtienne venue clandestinement exercer ses dons pour le plus grand bien de l’humanité.
– Tu prends la pute aujourd’hui ?
– Non, Lonely, secoue-toi plutôt vers l’étalé ; il a du portefeuille, tu trouves pas ?
Elle fait mine d’être dégoûtée et son surprenant minois d’antan refait surface.
– Ton p’tit jésus durcit ?
Elle trifouille encore.
– ...avec moi, tu crains rien, tu sais !
– Je suis exténué, vrai… t’assure.
Elle passe ses longs doigts. Entendu Lonely : « your’re the best, t’es la plus perfect ! » Elle adore qu’on lui bafouille américain, ça lui procure des souvenirs. « Tu connais les gars comme moi ; ils raffolent… la puta pour un peu d’argent, fabuleux non ! T’as une bonne gueule et ton intérieur, de la bonté, puisque tu t’escrimes à produire les dernières gouttes des usés. Mais en ce moment, mes errements… que du nathalien ; alors les femelles que tu me proposes… Pardon, Lonely, j’voulais pas t’offenser. Nous savons que le gars étalé sur la chaise trop étroite pour son arrière-train juge que tu n’es pas douée pour les sentiments, mais c’est sans importance. Pense à toi ; comprends, nom de Dieu ! Quand on voit trop d’appendices, l’affection devient inversement proportionnelle aux presse-quéquettes vidangées, épuisées. C’est mathématique, Lonely ! Ce misérable qui te parle ne peut plus rien répandre. Y’a plus qu’un revolver immense, comme ceux qu’on voit dans les films de science-fiction, qui puisse encore étendre la cervelle et encore, on devient rouillé, le cuir s’épaissit ; faut le franchir ; parfois ça ricoche. J’ai entendu des histoires dans ce genre-là… Les cellules veulent pas crever ! »
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La brave Lonely ne comprend rien ; elle a d'autres admirateurs et détale avec ses souvenirs en quête d'images nouvelles. L'étalé examine la Haïtienne différemment que quelques minutes plus tôt... Sa chute de reins devient généreuse, elle se cambre plus encore. Un flou chimique traverse sa chair, devient aimable et la puta profite de la mutation pour s'asseoir sur les genoux enflés du chimiste. Il cocotte la sueur. Lonely sans façon éponge son front pâteux mais cela ne sert à rien. Il grogne de fièvre et s'affale en haletant dans un ample fauteuil d'osier, où plus aucun relief ne dépasse et où un ventilateur poussif genre hélico Viêt-nam émerge du plafonnier.
– Whisky... le petit dernier, demande Jacques… J'acquiesce.
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C’est amical ; il n’en a rien à foutre Jacques de me voir saoul. Mes états d'âme, depuis l'avènement nathalien, il en prend soin comme d’archives sacrées et mon imprégnation alcoolique lui accorde quelques réponses franches. Il ne connaît pas Duc Thào et l'eau-de-vie le renseigne sur notre rencontre en pays communiste.
– Plus de rétrocessions ?… murmure-t-il.
L'animal est devenu nada, reste la contemplation. Ah ! nous pouvons encore mourir longtemps de cette façon ! Vingt ans et même plus ! Un vieux caisson, avec les nouvelles techniques, ça résiste !
– J'irai aux Pays-Bas... Ah ! elle se fout bien de moi, Duc Thào ; n'a même pas la reconnaissance du ventre !
– Faux ! Elle œilladait. N'empêche, les Pays-Bas…
La niaiserie avait assez duré. J'emportai « Guerre et Paix » et tentai de saisir quelques pages... La nuit ne fut pas si agitée : petits relents de Duc Thào et à l’aurore, du nathalien, point, stop. Pense à Marjorie ; ferait plaisir si elle se trouvait près de moi, point, stop. Viens, point, stop. Envoi !...
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Le lendemain, mon estomac exigeait de l'eau plate, d'abord celle de source qui arrivait grâce à Dios dans la cuisine de Carménia, puis celle de l'océan qui était plus prodigieuse avec ses nuances furtives que fuyait la vision de nombreux hommes. Je m’étais réservé un promontoire personnel avec mes paperasses sur le sable tranquille. Autour de moi, pas de déesses ; pour la sérénité, il n’y a pas mieux. Dans les alentours, nada, juste préoccupé par le soleil trop coriace. Je ne voulais pas trop le happer et réajustai ma serviette qui me servait d'ombrelle vu que ma peau reste réfractaire aux crèmes. Laboratoire Garnieri-ci, Garnieri-là, puis le professeur en tablier blanc, pour les dents ou la lessive, les fuites urinaires du chat. « Salut à toi, Dame bêtise » chantait mon ami Jacques. Depuis le début des temps, tout le monde fuyait la petite vérole, pas la publicité !
Autour de moi, le désert. Tranquille. …vais traverser l’après-midi avec mes antidotes. Mais après quelques minutes, à deux cents mètres, deux ombres émergent des flots. Rétamée la tranquilidad. J'ai dû naître avec un flair de chien ! En quelques nanosecondes, l’humain déchiffré ! Parmi les têtes, les corps indolents, je discerne quatre jambes bien plantées et des sourires francs, exactement comme ma conception encense lorsque je m'agenouille. Maintenant, elles processionnent devant moi. Mon visage exhibe une angélique image pieuse, un sourire loyal, qui ne s'invente pas, puisqu'elles m'examinent en complotant quelques puérilités. Puis leurs silhouettes s'évanouissent derrière les rochers. Elles vont revenir, sont de la même église !
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Jamais-Baizoutée, hypocondriaque frustrée, discerne à la seconde mon penchant envers sa protégée, et, après deux phrases, Rêve détale… Je ne m'en vexe pas car la déliée ravie veut encore s'immoler au soleil. Je tripote sa lune délicate et œillade le rebondi où se forme une mousse chatoyante. …ne suis pas le genre qui galope. Elles exigent, d'accord, censurent, tant pis et comme j'ai pas l’esprit Jésus-Marie, Rêve ne reçoit plus la moindre attention. Orchédia, un moment éloignée, vient reprendre de droit sa place... Sans façon, l’enjouée rejoint mes bras ; ses mains audacieuses agrippent mon cou. Sublime ! Rêve surprend ma vision extatique et Jamais-Baizoutée gamberge ailleurs. Alors la belle m’alloue une risette flirteuse enviable. Mais tout a une limite. Rêve, Orchédia m’lâchent, le soleil est passé au zénith. Matinée terminée : pas de Gary, pas de Brett ; où est Tazio ? Paperasse restée au même point qu'une heure plus tôt.
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Romanza : La commedia dell'arte
(...)
« Monsieur Châtiment trifouille sa soutane face aux paroissiens assis en rectangle discipliné. L’odeur de vieux bois lustré à la cire plane dans la salle d’audience. Des agents fliquent le troupeau ; des pancartes ; interdiction de bêler, de fumer, de se branler jaillissent devant les yeux des supporters. Châtiment, frère du fils du On limogé, vous me suivez… président de boniments hèle le premier témoin.
– Hé la bible ? jacte le témoin Mariole.
– Vous regardez trop la télévision, Monsieur, nous ne jurons pas sur la Bible dans nos tribunaux. Commencez votre déposition.
– Quand la minorité supposée jaspine à l'envers, c'est être fou de se demander pourquoi on ne cogite pas de la même façon que les moutons ici présents, M’sieur…
Le président s’ranime, décapsule ses éduquées :
– Combien d’année avez-vous passé à Pataquès, Monsieur ?
– Aucune M’sieur.
– Devant cette cour, vous devez terminer vos phrases et, suivant le titre, nommer monsieur le président, monsieur le procureur…
– Et qui est cet abbé qui me bourdonne dans le pavillon ?
– Poursuivez, poursuivez, Monsieur Mariole.
– Je disais donc, M’sieur, qu’il devient évident que ces zigues passent volontiers pour d’infâmes faisandés. C'est à ce moment que les barreaux s’érigent ; mes rejetons peuvent témoigner ; ils en trouvent pas dans leurs Legos et jurent comme les larrons, Monsieur le…
– Poursuivez, Mariole, poursuivez, lâche le président en reluquant son palliatif.
– …puisqu'il se crée dans beaucoup de cervelles de généreuses inspirations. Rendre des comptes à la socié…
– Ça va, ça va, interrompt Trifouille Châtiment. Vous pouvez regagner votre place, Monsieur. Accusé, à la barre.
– J’ai pas fini, M’sieur ! Je ne vous ai pas rapporté la fois ou j’ai payé…
Un regard et deux poulets ventouses suspendent Mariole qui gigote au-dessus de la salle.
– Accusé, à la barre.
Que puis-je dire à ces gens, et peuvent-ils me croire ? Nathalie c’est de l'amour et pas du croustillant ! Je n'y couperai pas. Les sentiers de la gloire ! Qui sont mes généraux, des archétypes interchangeables, assistés de sophismes fabriqués depuis des décennies, l'antithèse de l'Art. La toge, c'est ce qu'ils ont fait de mieux, mais la quintessence, c'est créer un fautif bien confirmé, costaud, pas un renard aux abois, un condamnable qui a le sang pourpre, fougueux qui barbouille l'intérieur, un coupable qui a de l'avenir, qui ne sera pas saisi par Alzheimer ou décrété fou, car il y a comme une insuffisance, lorsqu'un condamné en prend pour la vie et que trois ans après le verdict il abandonne définitivement l'assemblée en conservant jusqu'au dernier souffle sa pérennité. Dans ces cas, elle se sent lésée, spoliée la justice, mais la nature reste insensible au désir humain lorsque qu'il s'agit de régler des comptes.
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Le fantôme de Mariole gigote à dix centimètres du sol ; une longue rétame gicle de sa chair meurtrie. Un regard et la substance rapplique sur Terre-Ferme, se réforme en douce créature ; sa voix soupire puis reprend vigueur :
– Cela est arrivé ! Inéluctable ! À couiner intello, y’a plus de froufrou, subsistent des crânes froids et une comprenette millimétrée ! Y sont les nouveaux chevaux de brasserie, (phrase empruntée, elle a dû lire Jacques) qui tourbillonnent avec leurs œillères ajustées au plus près, exécutant très bien ce qu'on espère d'eux. On leur tuyaute l'uniformité et les références passées, des kilomètres de jurisprudence imprimée qu'ils trifouillent à loisir. Bien sûr, les soutanes soutiennent leur ouaille, lorsque des papelards compromettants déguerpissent. …sont la plupart du temps et sans Notre père, absous ! pareillement aux milliardaires assassins et inutile de fureter quelques statistiques confirmant ces saloperies. Les représentants du cartel : polices, gendarmes, avec leur képi ajusté au ras des yeux, qu'on se boursicote le tabernacle à découvrir leurs myrtilles, comme s'ils avaient la trouille de se placarder nus, affichent l’arrogance de leur chapelle. J’ai guigné, M’sieur, partout dans le monde, même au Québec, cette coterie se ressemble. À l'enrôlement, on s'applique à convertir le mioche et on réussit à merveille dans l'entreprise. Si l'éveillé se regimbe, il devient le sale pifé du groupe. D'ailleurs, y’a maldonne ; le gamin comprend pas à l'embauche ce qu'on incruste dans son usine. Jamais débarbouillage ne fut si efficace, M’sieur le… Il paraît que les poulets se mettent au service du citoyen ! J’ai la sensation qu'elle incarne le pâtre abruti par la solitude : sont plutôt les maîtres-chanteurs du troupeau, au lieu d'être les vigiles des transhumances… J’ai terminé, Monsieur le président.
– Mais qui êtes-vous, Fantôme ?
– Je suis dame Mariole et je suis auteure à succès à Sherbrooke.
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EDITEUR : L'HARMATTAN
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